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The catalogue accompanied an exhibition project “Kantor et après...” organised in Orléans from September till November 2000 in collaboration with Cricoteka, Galerie de France in Paris, and others. It consisted of 4 shows: “La Cricothèque”, “Kantor, l’autre scène: de la toile à la planche”, “À la frontière” ( Bruno Wagner) and “Maria Stangret / Bogdan Korczowski”. The publication contains, among others, introductory texts by Gaëla Le Grand and Lech Stangret, as well as photographs from the performances of Cricot 2 Theatre and reproductions of Tadeusz Kantor’s works. Publisher: The City of Orleans, 2000 Format: 210x270 No. of pages: 20 First Edition Paperback Language: French

catalogue

Maria Stangret/Bogdan Korczowski

"Tadeusz Kantor et après..."

Collegiale St-Pierre-Le-Puellier Orleans

novembre 2000



 

Tadeusz KANTOR et après…

L'immortalité de Kantor : entre héritage et filiation.

Maria Stangret/Bogdan Korczowski

Texte par: GaŽla Le Grand ,Catalogue :
"Tadeusz Kantor et après.." Exposition Collégiale Saint-Pierre-Le-Puellier,Orleans 2000


Cette exposition, orchestrée sous la forme d'un dyptique, matérialisée sous la forme d'un emballage, présente deux oeuvres picturales contemporaines et vivantes qui sont des métaphores, aiguisées en leur point le plus sensible, de l'univers de Tadeusz Kantor.

Maria Strangret : avec Tadeusz Kantor

Celle qui fut l'une des plus proches collaboratrices de Tadeusz Kantor au Théâtre Cricot 2 par son activité de comédienne, celle qui participa activement, dans les années 60, aux emballages vivants, pour se faire le modèle de ce rituel libéré de toute symbolisation, de cet acte pur, ostentatoire, possède, en plus, une oeuvre picturale personnelle, alimentée par une expérience artistique incomparable et menée en accointance avec le travail pictural et scénographique de Tadeusz Kantor. Ni Muse, ni ombre, Maria Stangret nous offre ici quelques-uns de ses bijoux, qu'elle a travaillés à Cracovie ou à Hucisko, dans cette maison d'artiste élevée d'après les plans de Tadeusz Kantor, lieu d'exposition de l'un des "miracles" artistiques de notre siècle, La Chaise de Kantor ; autour de Maria Stangret, l'art est partout, nimbé d'une sensualité ombrageuse, insaisissable comme un grand vent, subtil et doux, que la couleur - pigments écrasés sur la toile - de sa tonalité automnale, agrémente d'infimes sensations, de saveurs délicates et "aurorales", disséminées ça et là. Un oiseau sur une branche friable, prête à se fendre sous le poids du souvenir, mais avec cette exacte mesure des forces qui habitent l'espace, l'équilibre à chaque fois retrouvé, la création gratifiée et reconnaissante. Des fragments de paysages, ravivés à la faveur d'un geste pictural, des morceaux de vie, emprisonnés à l'intérieur de la toile, comme dans Le Tableau, Le Jeu d'échecs, Les feuilles d'un cahier ou Les flêchettes : La classe morte n'est pas loin, et avec elle la ronde enfantine et le tournoiement de formes indissolubles et mouvantes. La présentation des oeuvres de Maria Stangret, placée sous le signe de la mélancolie, donne à voir également des créations revisitées, à l'ombre de l'expérience passée, comme l' Hommage à Anne Frank, où, comme le rappelle Wieslaw Borowski, "tout est encore plus irréel : les roues du vélo tordues dans tous les sens, à peine distinctes, comme des rubans d'azur effilochés, flottants dans l'air ; une silhouette à vélo difforme, frôlée par des taches de couleurs, perdue sur le fond, elle n'est plus qu'un souvenir lointain, hallucinatoire de sa légende tragique". Quand le souvenir ouvre une blessure sur le monde, magnifiée et bouleversante de synchronie avec notre propre présent désincarné et sans mémoire, alors s'engouffre la pesanteur de l'amnésie créatrice. Ou alors, ce sont des oeuvres simplement surimposées au présent de la contemplation, comme Les Fenêtres, dont on ne sait si elles ouvrent à un autre espace, ou si elles ne font que perpétrer le même enfermement plein de langueur. Quant à cette branche, coupée en son élan, qu'elle présente, avec en guise de feuillage, pointé vers l'éternité, un message écrit, en hommage à Tadeusz Kantor, gageons qu'elle n'en finit pas de s'étendre, pour gagner notre espace mental et nous mener aussi haut que l'ambition de Kantor nous l'a fait pressentir. Ramifications, mouvements, flots jamais vaincus, balancements éthérés sont là pour nous rappeler que la création artistique n'est pas tributaire de l'événement, que l'Art n'est pas contingent, même s'il est effectué selon le plus grand caprice - arme de la liberté souveraine et étendue à ce qui ne s'atteint pas - mais nécessaire, vital, parce que indépendant et autonome, comme la matière qu'il convoque et travaille.
Maria Stangret est là pour capter les absences au présent, et pressentir les fluctuations de notre enfance, retrouvée à volonté dans l'espace pictural.

Bogdan Korczowski : après Tadeusz Kantor…
La Cartonthèque : clin d'oeil à la Cricothèque

Bogdan Korczowski est avec Tadeusz Kantor ; il vit avec l'effusion du spectacle, qu'il retranscrit en touches de feu, il vit avec le mouvement ininterrompu, qu'il emprisonne en des formes circulaires, le plus souvent fermées, il vit avec la violence contenue et matérialisée, qu'il traduit en traces d'éclatements, en signes défunts (l'Etoile/La Mort), il vit avec la réalité déchue, qu'il capte en supports quotidiens. Le carton succède à l'espace de la théâtralité, mais la finalité est la même : libérer la matière, ou plutôt l'élever au rang de vivant. La peinture vit alors par elle-même, elle se meut en ses propres formes, se nourrit de sa polychromie de chair ; enfin elle possède sa propre carnation, sa propre énergie ; enfin elle accède à la rupture d'infini : l'oeuvre d'art. Des couleurs, des traces, des creux, des bosses, des écoulements, des flamboiements, des embrasements, des signes graphiques enchevêtrés (mots, lettres) du feu des serpents, des ronds pleins, des lignes en zigzag, des fleurs en suspens, des anges, qui chutent, et deviennent cendre, des fantômes, des univers en mouvement, des éclipses, des planètes, des explosions, des écoulements. Une langue de feu, ou la lave de l'imaginaire en fusion, ou une éruption sensuelle, qui n'oublie rien, semble retracer les méandres brumeuses de notre passé ; le peintre se fait l'égal de l'évocation qu'il magnifie, le double d'une matière en mouvement qui fige la perte, exorcise le néant ; quelqu'un d'autre parle, une autre voix se fait entendre au creux même de l'oeuvre peinte (une chose qu'exprime un trait d'infortune, une déviance chromatique) - il y a trop de signes, trop de matière - dans ce rituel qui a quelque chose d'infernal, d'inextinguible ; un feu, un jeu, que la mort joue, à travers l'artiste, avec la matière : une peinture-dibbouk, comme le comédien dans le théâtre de la Mort de Tadeusz Kantor, qui, à travers l'expression corporelle, transmet la réalité de l'esprit d'un mort, se fait l'instrument d'une âme errante "comme si un fantôme s'était emparé de lui" : "Ici, il y a quelque chose du Dibbouk. Le personnage du Dibbouk m'a beaucoup intéressé. C'est une Juive, qui intrigue son entourage. Tout le monde la connaît, mais elle ne reconnaît personne parce qu'un mort est entré en elle. Un mort - c'est la foi juive", confiera Kantor à la fin de sa vie. Dans le dédale de la Cartonthèque, la mort rode, qui possède un visage bien connu…comme si la présence de Tadeusz Kantor était emprisonnée dans l'espace du tableau. Possession, exorcisme : territoire familier.
Les oeuvres de Bogdan Korczowski présentées ici sont le signe d'une reconnaissance, avec, et par-delà la présence de Tadeusz Kantor, d'une certaine éternité : les pièces de la Cartonthèque sont offertes à l'oeil, avec vigilance et respect, elles sont une invite, sous la forme d'une provocation à l'éphémère de la matière et à l'éparpillement des corps que consacre notre siècle - car elles volent le feu sacré de l'histoire, du temps interrompu - sous la forme d'une hostilité à la fausseté, à porter un regard neuf sur notre réalité, comme si la matière mise en mouvement, libérée du poids de l'insolite, arrachée à l'absurde, possédait ce surplus de réalité qui, souvent mis en défaut, nous fait désespérer de notre condition et de notre finitude. Si le peintre s'éclipse devant la silhouette ombrageuse et outrageuse du maître, il sait, à l'instant du geste et de l'inscription, s'affranchir de la pesanteur de la Mémoire, la mettre en couleur pour mieux la conjurer, la mettre en pièces pour mieux la glorifier : des lambeaux de visions saturés d'objets qui se dérobent ou se délitent sous nos yeux consumés, de signes qui s'incarnent dans la chair du geste pictural, une chatoyance douloureuse, une extravagance graphique, c'est ce que nous propose l'espace mouvant et maléable de la Cartonthèque, pour nous ravir à notre propre corps et nous ramener à la conscience de notre propre dissolution dans un passé qui nous absorbe, nous trahit et nous obsède.

GaŽla Le Grand ,Catalogue : "Tadeusz Kantor et après.." Exposition Collégiale Saint-Pierre-Le-Puellier,Orleans 2000

 

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